mercredi 15 juillet 2015

Trouver un nouveau sujet de roman - Partie II

Souvenez-vous, dans le précédent épisode, vous laissiez échapper entre vos mâchoires que vous ne contrôliez plus et qui s'entrechoquaient dans un cliquetis frénétique un "Sur quoi pourrais-je écrire ?"

Et vous êtes restés là dans cette indécision, liquéfié dans votre marasme, hésitant entre la corde, la noyade et un album des Enfoirés. Heureusement, contre toute attente vous avez pu tenir, refusant de vous abandonner à cette vague de suicides si séduisante qui a ravagé la pyramide des âges – et maintenant se présente devant vous, rutilante tel un nouvel iPhone, la suite tant attendue.

Oui, sur quoi pourriez-vous écrire ? Vous vous mettez à éplucher les genres. Roman d’aventures, trop passéiste ! Roman historique, pourquoi pas mais que de recherches à mener ! Roman sentimental, pour raconter quoi ? Roman de science-fiction, d’heroic-fantasy, tentant mais un poil geek ? Roman policier, roman gothique, roman pour enfants, roman courtois, roman épistolaire, roman de vos misères, tout défile sous vos yeux de gobi plus irrésolus que jamais.

Et c’est là que Gustave Borjay intervient. C’est là que le Maître se penche sur le fil sec et cassant de votre pauvre destinée pour le tremper dans le bain fortificateur de son propre génie. C’est là que l’Écrivain vous dit : ÉCRIVEZ SUR CE QUI VOUS INTÉRESSE !

Vous avez adoré voter pour Hollande aux dernières élections ? Ecrivez sur l’ascension d’un jeune loup de la politique. Vous avez peur que l’homme ne fasse trop de mal à la planète ? Ecrivez donc Le Dernier bilan carbone. Vous vibrez pour tout ce qui concerne votre propre vie ? Ecrivez donc votre première autobiographie. Vous vous passionnez pour la cause féministe ? Ecrivez donc Madame Bovary – La revanche.

C’est tout.

Le succès n’est pas garanti, le talent moins encore, mais la petite flamme qui vous poussera chaque jour à ajouter une nouvelle pierre à votre branlant échafaudage de mots sera là, veilleuse allumée dans votre tendre cœur d’apprenti romancier.

Gustave Borjay vous salue.

Le Retour de Madame [Bovary]

mercredi 10 juin 2015

Trouver un nouveau sujet de roman - Partie I

Vous êtes passé par toutes les étapes.

L'idée saugrenue d'écrire, l'idée de votre premier roman, les deux intervenant souvent à peu de distance l'une de l'autre. Puis le premier mot, le premier paragraphe, la première page. La première centaine de pages. Et enfin le point final. Vous avez ensuite relu votre œuvre, une fois peut-être deux, pris en compte des corrections magnanimement distillées par des relecteurs complaisants. Vous avez trimé.

Et votre imprimante a chauffé dur pour imprimer votre manuscrit, une fois, deux fois, dix fois que sais-je. Et vous avez laissé vos petits à la Poste, qui les a menés par la main jusqu'à leurs familles d'accueil respectives. Celles-ci ne l'ont pas entendu de cette oreille et vous les ont renvoyés – sains et saufs, Dieu merci ! Vous avez relancé la manœuvre, mais rien à faire, vous n'êtes pas Rousseau, vous devez garder votre progéniture. Puis le silence de l'échec, le long silence, seulement coupé par les hurlements dans la nuit que vous avez poussés, hagard, échevelé, à la face de la cruelle lune, tandis que l'averse vous martelait de ses mille aiguillons glacés.

Force vous a été de constater, devant le pêle-mêle où vous avez épinglé toutes vos lettres de refus, que vous n'avez trouvé ni public ni éditeur.

Mais, séchant vos larmes, serrant votre mâchoire dans un rictus affreux, les muscles contractés dans un effort surhumain, vous avez levé le poing vers cette même cruelle lune (cf. ci avant) et vous avez dit, dans cette prose qui vous caractérise : "Si tu crois m'avoir, pauvre c****, tu te mets le doigt dans l'œil !"

(Note de l’auteur : Nous supposons à ce stade que vous avez franchi toutes ces étapes, parvenant depuis votre idée initiale à commencer à écrire, à ne pas flancher, à supporter les critiques, à croire à la qualité de votre œuvre (ce qui vous différencie probablement du reste de l'humanité), à détruire la forêt amazonienne et alourdir les chargements du facteur, et enfin à recevoir des liasses de refus anonymes qui ne vous auront poussé ni à mettre un terme à votre vie, ni même à votre vie littéraire.)
Cependant, tellement pris, tellement absorbé par le poids de votre premier roman, qui telle une pieuvre fluorescente s'est déployé dans votre esprit jusqu'à ne plus lui faire rien voir d'autre que son envahissante présence, vous avez un vertige et demeurez, là, stupide, hébété, immobile (et, nous l'espérons, en dehors de la chaussée).

"Sur quoi pourrais-je écrire ?" laissez-vous échapper entre vos mâchoires que vous ne contrôlez plus et qui s'entrechoquent dans un cliquetis frénétique.

(à suivre…)

Vous vous sentez petit, tout petit.
(Accessoirement, vous n'avez peut-être pas encore franchi
l'étape de crise, le camion arrivant derrière vous à pleine
vitesse risquant fort de mettre fin à votre vie littéraire.)

vendredi 19 septembre 2014

Politique d’immigration

Vous n’êtes pas sans savoir que Gustave Borjay externalise l’hébergement de son blog auprès d’un prestataire. L’appel d’offre initial avait distingué une société prometteuse (dont nous tairons le nom), respectant notamment le critère clé d’absence de publicité imposée. Le conseil d’administration de la société Gustave Borjay SA, emmené par son président bien aimé, avait alors voté à l’unanimité pour ladite société.

Or, en dépit de ce partenariat juteux pour ladite société (dont nous tairons le nom), qui profitait du renom de l’Auteur pour attirer du monde sur ses plateformes et gagner ainsi en prestige, ladite société a effectué un revirement radical et, osons le mot, ingrat, plaquant d’affreuses publicités dans chaque coin de l’écran disponible, pour ainsi dire jusqu’aux espaces entre les mots. Les publicités en elles-mêmes faisant d’ailleurs l’objet d’une sélection rigoureuse, afin de garantir le maximum de couleurs criardes, d’effets clignotants, de messages selon lesquels l’ordinateur de l’internaute est bourré d’erreur et doit être nettoyé, etc.

Gustave Borjay SA a ainsi rompu son contrat avec ladite société (dont nous tairons le nom) et lancé un nouvel appel d’offre, qui mena à la sélection unanime d’un prestataire plus digne de sa confiance, du moins pour le présent. Nous vous tairons les longues heures de migration nécessitées par l’absence d’outil de l’ancien prestataire (dont nous tairons le nom) pour exporter les articles vers d’autres plateformes – comme si celui-ci avait l’inexplicable impression que la balance commerciale ne penchait pas en sa faveur ?

Et finalement, l’Écrivain peut enfin inaugurer par la présente son nouvel hébergement, fêtant comme il se doit avec la valetaille escrivantine que vous êtes la reconquête du blanc entre ses mots,

Et vous saluant.

Adieu, OverBlog !

lundi 18 août 2014

Topologie des relectures

Pour le vulgaire - entendez les non initiés tout autant que la majorité des écrivaillons qui encombrent les étagères de nos librairies nationales -, la relecture n'existe pas. Au mieux, elle consiste à appuyer sur la touche F7 sous Word pour déclencher la vérification orthographique.

Gustave Borjay, toujours prêt à laisser sa chance à la masse grouillante des porte-plumes sortis du berceau, interrompt ses vacances dans son hôtel formule 1 d’Évreux Sud pour vous détromper. Non, la touche F7 (qui soit dit en passant n'existe pas sur certains types d'ordinateur, rappelle-t-il), ne fait pas tout.

A moins soit de bâcler votre article, soit de posséder des talents incomparables (dans l'idée borjaysienne du terme), vos romans achevés sont imparfaits et méritent, ne serait-ce qu'à vos yeux, de s'y attarder avec soin. Vous avez sculpté votre diamant brut ? Il est temps d'en polir les faces ! (Gustave Borjay étant en vacances, certaines phrases du présent articles sont rédigées par un stagiaire-nègre issu du haut de classement de Sciences Po Paris.) C'est un travail d'orfèvre qui nécessite patience, rigueur et recul. On peut à cette fin souligner différentes étapes qui peuvent cependant s'entremmêler les unes aux autres.

En premier lieu, on peut désigner la relecture mot-à-mot. Elle consiste à relire soigneusement, dans le détail, votre pensum, afin d'en corriger les fautes de français, de supprimer les lourdeurs et de faire disparaître les redondances et autres segments superfétatoires. Le principe est simple, certes, mais l'application difficile et quasi interminable au vu de la qualité initiale de votre œuvre.

En deuxième lieu, on peut aborder une relecture intermédiaire, articulée autour de l'ambiance, des lieux et des personnages. Il s'agira de donner plus de caractère à l’œuvre, de souligner tel trait de caractère d'un protagoniste ou tel aspect d'un décor. On pourra également saupoudrer davantage de mystère, ou de joie, ou tout sentiment que vous pensez judicieux (l'est-ce ou non) de communiquer à votre supposé lecteur.

En troisième et dernier lieu, on peut se plonger dans une relecture structurelle, assimilable en pénibilité aux travaux publics sur une voie d'autoroute, et consistant à supprimer des passages entiers, à rajouter des chapitres, des personnages, des péripéties. Cela demande un recul que les spécialistes assimilent souvent au nom de Borjay, allez savoir pourquoi, et qui seul permet de se forger une opinion juste de l'équilibre nécessité par la trame de votre roman. Faut-il voir plus souvent Monsieur X ? Moins souvent le centre de détention pour adolescents ? Faut-il que que votre héros évolue plus rapidement ?

Trois types de relectures et autant de raisons pour lesquelles vous n'arrivez pas à la Cheville de l’Écrivain,

Gustave Borjay, qui vous salue.

Addendum : Gustave Borjay rappelle à son aimable clientèle, pour le cas où,
sait-on jamais, qu'il ne suffit pas qu'une pierre soit formée de carbone pour
qu'il s'agisse d'un diamant. A bon entendeur, salut.

dimanche 4 mai 2014

Le Livre dont vous êtes le héros

Savez-vous qu’un jour, après avoir fini d’écrire un livre dont vous ne seriez pas le héros, Gustave Borjay pourrait bassement céder à la pression populaire qui s'est jusqu'ici émoussée depuis de longues années en pure perte contre sa volonté toute-puissante ? Savez-vous qu'il pourrait, dans un retournement spectaculaire dont seul un scénariste comme lui peut ménager l'effet, s'atteler à un livre dont vous seriez enfin le héros ?

Plaçons-nous dans cette perspective troublante. Comment cela se passerait-il alors ? Peut-être créerait-il une figure de héros vivant dans notre temps, tout d’abord, puis rempli d’indécision et de contradiction au point qu’il serait incapable de faire un vrai choix d’homme. Peut-être même l’Écrivain irait-il jusqu’à concocter une fin en forme d’impasse, tel un bilan dans la plus pure lignée des romans flaubertiens ?

Ce héros pathétique serait typiquement le genre de personne qui détesterait voir ses propres limites faire le sujet de tout un livre. Même si, à bien y réfléchir, il ne s'en rendrait probablement pas compte.

En fin de compte, ce serait quelqu'un qui vous ressemble beaucoup.

C’est sans doute la meilleure des raisons pour Gustave Borjay,

Qui vous salue.

« Quelle déception, je ne me suis vraiment pas reconnu
dans ce livre dont je suis le héros ! Il faudrait que je sois
quelqu'un de bien médiocre, AH AH ah ah… »